… Evelyn Ortlieb, c'est une mémoire, un regard sur un univers alluvionnaire où se dilatent d'indéchiffrables gris. Ici s'ébauche avec raffinement et dépouillement une peinture couleur de muraille avec des teintes subtiles et des ombres ambigües.

On entre de plain-pied dans un bonheur d'images où rien ne nous rappelle rien. Larguez tout ce qui vous retient encore à notre monde quotidien et laissez-vous submerger par ces espaces. Alors, on a la révélation du plus sensible paysage intérieur qui frémit au passage de toutes les matières, de tous les noirs, de tous les blancs.

Le peintre ne veut jamais multiplier les signes, surajouter, signifier à tout prix. Non. Tout ce qui s'agite sur fa la surface de papier froissé, sur la toile ne fait qu'un. L'esprit et la matière se pénètrent l'un et l'autre, et se révèlent l'un par l'autre.

Une vie, une autre vie souterraine qui échappait à nos regards, monte des profondeurs et mûrit lentement dans la plénitude des formes par le jeu nuancé des lignes de force et des plans. C'est la force de l'exorcisme. C'est la force de ces transitions si subtiles qu'on n'en saisit ni le commencement ni la fin.

Ici tout est sensibilité pure, Evelyn Ortlieb a su mieux que nous séduire.

Jean-Marie TASSET, 1981

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