... L'CEuvre d'Evelyn Ortlieb retient d'emblée l'attention à la fois par son austérité et ses qualités d'expression. Pour la situer de façon générale, cette peinture pourrait s'apparenter à certaines recherches de « Support-Surface» d'une part et au langage pictural illustré par Tapiès d'autre part. Soit par collage de toile sur toile ou de papier sur toile, Ortlieb s'attache à obtenir de son support une légère texture en relief autour de laquelle elle va organiser à base de frottis nuancés le travail de la matière. .

Elle développe ses variations dans des gammes de gris, de noirs ou d'ocres sur lesquelles viennent se greffer des déchirures, des signes chromatiques plus sourds, des chiffres, des écritures diluées ou esquissées, bref une symbolique qui pourrait être celle, incertaine, qui hante la lèpre des murs.

D'une autre manière, l'espace ainsi traité avec parfois des émergences de structurations géométriques semble devenir la projection d'un regard ou d'une mémoire, l'aboutissement trouble ou inachevé de rêves secrets, de souvenirs occultés en vain et dont les signes ineffaçables révèlent encore la présence diffuse.

Cette esthétique rigoureuse de la grisaille pourrait être aussi une errance intériorisée sur les traces et les signes fugaces d'univers abolis ou indéchiffrables qui, au-delà de leur mystère, incrustent leurs marques dans le monde réel.

Ce sont là, en quelque sorte, les paysages abstraits d'une sévère austérité avec, ici et là, des traversées de lumière, un bleu métallisé ou un mordoré, et qui révèlent un travail intense et la recherche d'un langage personnel entrepris par Evelyn Ortlieb.

G. H. GOURRIER, 1984

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