Evelyn Ortlieb introduit la calligraphie ou les écritures « détournées » dans ses compositions faussement détériorées, oppose des gris, des beiges, des blancs qu'elle assiège de lézardes, de cassures, d'éclatements, de déchirures. Le résultat peut taquiner ce qu'on appelait à une époque l'art pauvre, qui ne se souciait pas de contenu et manipulait des matériaux prosaïques ou censés l'être, mais, à l'opposé, il sait tout aussi bien retrouver les voies de la recherche plastique la plus raffinée: coloris et matières évoquant on ne sait quels vieux objets patinés par le temps et l'histoire, signes picturaux se ramifiant à l'infini ou se tassant pour nous dire la mémoire perdue de civilisations disparues ou de cultures mythiques.

Toutes ses compositions sont élaborées avec un soin infini et, par delà une sorte de secret qui les maintient toujours à distance de notre sensibilité, on ne peut qu'être conquis par leur logique interne et par leur rude éloquence esthétique.

Jean THIERRY, 1984

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