Quelques renseignements pour mieux comprendre cette artiste née à Strasbourg et fille de peintre. Elle a vécu quinze ans dans le désert et réside à Paris depuis le début des années soixante, époque ou règne la mode du tachisme, de la peinture « gestuelle » et« informelle » avec des ressemblances et des différences entre la France et les Etats-Unis. Mais la peinture logorrhéique de cette époque, combinée à la personnalité d'Evelyn Ortlleb, à la pénurie de moyens et le désert de ce qu'elle a ressenti dans le sable, donneront les fruits que nous avons pu voir aujourd'hui. Elle met le geste en valeur, sans jamais en abuser, travaille sur des matériaux pauvres mais élaborés, même lorsque nous pouvons les voir et les toucher, déchire la toile en biais pour laisser voir la déchirure, qu'à l'occasion elle répare, suggère des visions de paysages aérés, déserts, et pourtant habités, comportant certaines traces humaines, qui s'étendent jusqu'à évoquer des plages plus latino-américaines qu'européennes.

Outre les peintures, pour lesquelles elle a abandonné le « chassis » - comme on appelle le chassis en France - et dans lesquelles elle n'utilise aucun autre élément rigide que la toile elle-même, toile cousue, repeinte, retouchée, on note son don d'observation pour les objets de la vie courante, comme ces sacs postaux. Les bouts de ficelle, les agrafes, les coutures, les lanières, les courroies, les rivets, simples ou doubles, constituent le p1us c1air des matériaux qu'elle utilise. Les oeuvres graphiques et les petits formats ouvrent des fenêtres intéressantes sur l'oeuvred'Evelyn Ortlieb. Parmi les premières, plusieurs livres de poèmes illustrés. Le plus récent, résolument créé, nous dit-elle, en style d'affiche, a son origine dans des clichés et d'autres documents mis eu rebut par la Comédie Française et porte témoignage de son goût pour le quotidien, sans tomber dans le banal.

Graciela KARTOFEL, 1987

<<<    textes et préfaces    >>>