« Che silenzio »

Tableaux.

Format carré: carrefour idéal.

L'illimité y prend naissance.

Nous les voyons suspendus. Ils sont en suspens.

Latents. En l'attente: le voile des crépuscules sur eux, parois presque la nuit, encore, ou déjà.

Sur leur face, stigmates, griffures, greffes, empreintes et signes qu'un ordre géométrique gouverne.

Et encore poussière, cendre et rouille.

Tout cela témoigne de l'inscription du temps sur la matière comme état du visible, de ce côté-ci du visible.

Mais ici « a lieu» quelque chose, où s'inscrivent ces traces et qu'elles signalent en tant que lieu des fondations du silence. Soubassement d'un silence actif; mieux, source d'un silence agissant, perceptible, audible. Surgissement, manifestation, avènement dans la peinture d'Evelyn Ortlieb, que ce silence des origines qui nous parle et parle en nous, suscitant l'écho de notre propre silence.

Ainsi peut se dire (se dépeindre ?) la peinture d'Evelyn Ortlieb : Peinture où s'est réfugié le silence du monde,

peinture faite de silence plus que de peinture.

à moins qu'elle ne soit extraite du silence même.

« Soyez silencieux, et regardez ceux qui gardent le silence ».

Marcel ROBELIN, 2000

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